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« Calligraphie à l’argile » par Bruno Nury. Retour sur la journée à la Maison du Parc

Publié le 08 juin 2015

Retour en images sur la 2ème journée « Artistes en herbe, tous au jardin !" sur le thème "La peau debout, calligraphie monumentale à l'argile". Dimanche 10 mai 2015.


  • Plantons le décor

A l’ombre d’un châtaigner et d’un cèdre, près de l’étang, une suite de panneaux tantôt en verre un peu fumé, tantôt en bois peint en noir sur leurs deux faces, serpente, un peu comme un mur entre le jardin du château de Rochemure et, au loin, les crêtes du Tanargue. Le décor est planté, à la fois limite fictive d’un territoire et cadre de cheminements possibles. Comme une peau entre dehors et dedans, entre soi et le reste du monde. Sous les panneaux, des seaux sont suspendus, remplis de kaolin, tandis que d’autres attendent, un peu plus loin, avec des argiles rouges, brunes et vertes. Bruno Nury, plasticien et scénographe, a créé et monté ce dispositif éphémère pour réaliser, le temps d’une journée, une œuvre en résonance avec le thème de la peau, de la limite, de la frontière. Un œuvre, ou plutôt des œuvres.

Les participants, quinze adultes et treize enfants, arrivent, un peu curieux à la vue des dix-huit panneaux qui constituent cet espace insolite et un peu monumental, mais qui s’intègre déjà, même encore vierge, au domaine et à son environnement.

  • Limite, clôture, frontière...

Après quelques mots d’accueil et de présentation de Nicolas Dupieux, Bruno Nury explique sommairement ce qu’est la calligraphie à l’argile et surtout précise la démarche, le cheminement qu’il va proposer tout au long de la journée. « Le jardin est un espace qui est séparé du reste de la nature, explique-t-il. La limite sert à montrer que je suis chez moi, à éviter que les animaux entrent et se servent, mais aussi à contrôler ce qui s’y passe. Parfois on croit en prendre soin, mais on devient agressif. La clôture, c’est une peau : l’intérieur il y a moi, à l’extérieur il y a le reste. Une peau en bonne santé, ça respire, il y a des échanges. Plus on pratique la culture intensive, moins cette peau est perméable, et plus on va chercher à contrôler ce qui entre et ce qui sort ».

  • Présentation de l'espace de création

Pour Bruno Nury, les formes architecturales, tout comme celles des appareils électroniques ou des objets de la vie courante, ne sont pas dues au hasard. Pour optimiser l’utilisation des matériaux, on se retrouve avec des carrés, des rectangles. La forme de l’installation reprend ces figures géométriques, mais agencées comme un paravent géant. C’est une architecture, mais aussi un chemin, adapté à la calligraphie. « La calligraphie, en Orient, sert aussi à représenter des thèmes naturels, poursuit l’artiste. On est beaucoup plus dans l’instant présent que lorsqu’on projette. En utilisant les deux mains, on est plus dans le domaine de la danse, et de l’empreinte de la danse. C’est le contraire du n’importe quoi, c’est extrêmement précis. Il y a une manière de se déplacer où le rythme est important, un peu comme dans la pratique du Tai-chi. L’installation, ce sont des murs, des portes et des fenêtres. Ca représente aussi les habitudes, les certitudes, les injonctions. On a tendance à rester dans le cadre, et le but est d’échapper à ce cadre, de se déplacer. Plus on est dans quelque chose de rythmique, plus on ressent la difficulté qu’il y a à séparer le fait de s’occuper de son corps et que ce soit agréable, et l’envie de faire quelque chose de beau. »Ainsi la journée verra se succéder plusieurs créations, très éphémères, très différentes, dont seule la photographie gardera le souvenir. 

  • Premiers pas...

Pour la première approche pratique, Bruno Nury demande aux participants de « simplement » se déplacer le long des panneaux pour laisser des traces plutôt horizontales et presque continues. D’éviter de rester collés comme sur du papier à mouches mais plutôt de glisser le long des parois. Les gestes qui se succèderont se superposeront, et constitueront une œuvre collective où chacun devra accepter l’idée que ses propres traces, parfois mêlées aux autres traces, sont un élément de l’ensemble. Après ce préambule nécessaire, un peu déroutant peut-être pour les petits comme pour les grands, on passe à l’action. Un peu impressionnés, les participants prennent délicatement une éponge dans chaque main et, avec des gestes un peu timides, commencent à se confronter avec le paravent géant vierge et le kaolin contenu dans les seaux sur le parcours. Glissant en une ronde lente et appliquée, trop appliquée peut-être au début, les uns forment une ligne presque horizontale, d’autres se risquent à quelques mouvements de vagues, mais la plupart d’une seule main.

Après un quart d’heure, le groupe contourne de loin l’installation, et découvre avec bonheur, et une part de soulagement sans doute, le résultat visuellement intéressant de ce premier geste collectif. Rien de figuratif, mais une forme qui court d’un panneau à l’autre, avec des effets de perspectives et de transparences qui en font une sculpture s’intégrant harmonieusement dans le jardin et les paysages alentour.

  • "Dessine-moi un pépin"

Le temps d’effacer les tracés et Bruno Nury donne les indications pour une seconde création : cette fois, toujours dans un déplacement continu autour des panneaux, les participants sont amenés à tracer à deux mains des signes verticaux comme des feuilles ou des pépins. Dans un geste descendant, car le rendu n’est pas le même, et sans hésitation. « Plus vous bougez, moins vous pensez, rassure-t-il. » Retour à pied d’œuvre. Les participants sont plus détendus et « se lâchent » plus avec le kaolin blanc sur les panneaux, dans un ballet qui circule avec plus de fluidité. Pour parachever l’œuvre, Bruno Nury demande à chacun de tracer un seul pépin supplémentaire, à l’endroit de son choix, et, cette fois, avec de l’argile rouge. Après quelques dizaines minutes, le groupe refait le grand tour de l’installation, pour observer le résultat. L’enchevêtrement des figures forme une nouvelle œuvre, à la fois différente et proche de la première. Avec toujours cette sensation d’homogénéité de l’ensemble et d’intégration au paysage. Les figures à l’argile rouge apportent des touches paradoxalement discrètes et très présentes, qui accentuent la force et le relief de l’ensemble. Avant d’effacer l’œuvre, une ultime étape consista à évider les figures tracées à l’argile rouge, en effaçant l’intérieur à l’éponge. Une variante qui en suggère bien d’autres. « Un groupe devient un champ créatif, quand chacun de ses membres arrête de penser à ce qu’on pense de lui, explique Bruno Nury. On n’en est pas là, mais quelque chose se dessine néanmoins... »

  • En rythme, le temps d'une chorégraphie collective

La création suivante se fera en tracé tendu, avec d’amples balancements rythmés des bras. Cette fois, la matière sera dans un premier temps réduite à sa plus simple expression : de l’eau, qui fera une marque sombre très fugace sur les grands panneaux peints en noir. Après un lavage chaque fois plus rapide et rationnel, Bruno Nury fait une courte démonstration, accompagné d’un jeune garçon.

L’heure de déjeuner est venue, et on sort le pique-nique par petits groupes. Une pause bien appréciée, car, sans qu’il n’y paraisse, les exercices de la matinée étaient sportifs et fatigants, notamment pour les enfants. Une brève sieste est même appréciée par certains.

Après ce moment de repos, l’activité créatrice reprend. Les participants se lancent dans les tracés à l’eau montrés par Bruno Nury. Les mouvements sont encore plus libérés et amples qu’en fin de matinée. Une véritable chorégraphie cette fois, très joviale et détendue. Les rendus s’estompent vite, mais chacune et chacun a le temps de prendre le recul pour apprécier à la fois l’œuvre collective et sa propre contribution. L’étape suivante consiste à effectuer la même démarche, les mêmes mouvements, mais cette fois avec le blanc du kaolin, puis d’y ajouter des touches d’argile rouge, au sens propre comme au sens figuré. Après un nouveau tour panoramique de l’installation, les participants ont la possibilité de choisir un des panneaux pour y insérer un dessin ou un motif de leur choix, qu’ils souligneront ensuite d’un tracé à l’argile rouge. Certains découpent des cœurs, d’autres des formes plus abstraites. Mais toutes ces images s’intègrent avec bonheur dans les tracés jetés lors de la sarabande précédente.

  • Dans la peau d'un animal lent

La dernière création, a priori, devrait être plus reposante. Bruno Nury propose de créer dans la lenteur des déplacements et des gestes. Il rappelle à cette occasion que nombre de danseurs travaillent cette lenteur pour mieux maîtriser la vitesse. Car, en effet, mouvoir son corps au ralenti demande paradoxalement plus d’effort et de concentration qu’à vitesse normale, voire élevée. Quelques participants tentent l’expérience. Le ballet se fait lunaire. Les gestes s’étirent et les traces s’inscrivent en arabesques longues et arrondies. Comme en prévenait Bruno Nury, l’effet visuel n’est pas du même ordre. Il s’agit toujours bien d’un ensemble de panneaux où les figures se suivent avec une harmonie quasi naturelle, mais celles-ci semblent plus ancrées, la matière plus présente. Une impression de force s’en dégage plus que pour les créations à « vitesse normale ». Depuis le matin, on sent qu’un chemin a été parcouru, non seulement au cœur de l’installation de bois et de verre fabriquée par Bruno Nury, mais aussi dans les consciences des participants. Des premiers gestes un peu timorés à une chorégraphie calligraphique lente et libre pour quelques uns, d’autres perceptions du geste créatif se sont révélées, où le corps, en harmonie avec la nature, s’exprime de manière plus intuitive.

Un gouter convivial pour conclure une belle et riche après-midi, et petit à petit les participants s’en retournent, tandis que les grenouilles, qui avaient respecté la quiétude et la sérénité nécessaires à cette rencontre, reprennent leur chœur amoureux.

Le prochain rendez-vous est fixé au dimanche 14 juin. Au programme : À la découvert du geste créatif par Xavier Ott, artiste pluridisciplinaire pour une initiation à l’art éphémère. Ces animations destinées aux familles avec des enfants à partir de six ans sont gratuites, mais l’inscription préalable est obligatoire au 04 75 36 38 60 car le nombre de places est limité.

Pour en savoir plus :

Planning des rencontres "Artistes en herbe, tous au jardin !"

Lancement de la saison 4 de l'opération "Accueillons la nature au jardin !"

Texte : Bertrand Priour (EncreS en ScènE)

Pour aller plus loin

Mission suivie par

Elu référent : Raoul L'Herminier

Chargé de mission : Nicolas Dupieux

NDPatrimoine naturel et environnement

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07380 JAUJAC 
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